« Un peu plus haut » (J.-P. Ferland)

La chanson « Un peu plus haut » (Jean-Pierre Ferland, 1969) exploite un thème d’un grand intérêt pour la réflexion philosophique. La chanson reprend la belle métaphore de l’ascension. On comprend aisément pourquoi cette image ancestrale a connu une postérité aussi grande : elle s’offre comme l’une des analogies les plus éloquentes pour décrire l’expérience de la découverte et de la poursuite d’un idéal de vie.

Trois éléments de cette métaphore me paraissent en expliquer la pertinence :
– l’ascension requiert un effort ;
– elle promet une vue plus étendue des choses ;
– elle implique une certaine distance par rapport à ce qu’on a quitté.

Les traditions religieuses nous ont légué plusieurs beaux récits d’ascension. Mais cette métaphore n’est pas moins signifiante pour la tradition philosophique occidentale, qui a, elle aussi, ses récits classiques d’ascension. Chez Platon, cette métaphore trouve un emploi particulièrement riche. Pensons à la belle allégorie de la caverne (voir Annexes), par laquelle Platon veut illustrer l’élévation du philosophe jusqu’à la vérité des idées*. On pourrait, par ailleurs, mentionner plusieurs autres reprises de la métaphore dans la littérature philosophique occidentale.

Bien entendu, la métaphore de l’ascension a ses limites. Aucune vision humaine du monde, si élevée soit-elle, ne peut accéder à la vérité absolue. Mais à l’intérieur même d’une philosophie de la finitude, l’idée d’une ascension (vers le bien, le bon, le beau, le juste, le vrai, le sublime, etc.) est non seulement légitime, mais tout à fait pertinente.

C’est beau ! C’est beau !
Si tu voyais le monde au fond, là-bas
C’est beau ! C’est beau !
La mer plus petite que soi
Mais tu ne la vois pas

Quiconque est porté par un idéal de vie trouvera certainement une résonance dans les paroles de cette chanson. Malheureusement, il est aujourd’hui si facile de se contenter d’une existence qui, pour continuer la métaphore, manque de hauteur. Que pourrait vouloir dire pour ma vie : « un peu plus haut, un peu plus loin » ? Suis-je en train de poursuivre un certain idéal, une certaine utopie (au sens positif du mot) ? Est-ce que je nourris une certaine aspiration pour un monde meilleur ? Et comment est-ce que je conçois mon rôle dans la réalisation de cette vision de l’avenir ?

Je vous invite à visionner la vidéo de la chanson « Un peu plus haut », magnifiquement interprétée par Ginette Reno et Céline Dion lors de la célébration du 400e anniversaire de la ville de Québec, sur les Plaines d’Abraham en 2008. Une version audio de la même prestation ainsi que les paroles de la chanson sont disponibles en annexes.

Une dernière chose. Jean-Pierre Ferland réussit remarquablement, dans cette chanson, à exprimer la difficile tension qui nait entre l’aspiration à aller plus loin et l’attachement pour les personnes qui préfèrent rester derrière. Il me faut souligner l’intelligence avec laquelle Ferland marque la progression de cette tension :

… Garde mon bras et tiens ma main…
… Laisse mon bras, mais tiens ma main…
… Prends garde, j’ai laissé ta main…
… Je ne peux plus te tenir la main…

Quand la distance devient infranchissable, le protagoniste envisage la possibilité que la séparation soit définitive :

… Adieu ! Adieu ! Je reviendrai si je redescends sans tomber…

Mais ce n’est pas encore la fin. Ferland met dans la bouche du protagoniste cette parole pleine de lumière :

… Peut-être qu’un peu plus haut je trouverai d’autres chemins

Difficile de trouver une plus belle façon de conclure l’allégorie : c’est en s’élevant plus haut qu’on trouvera le moyen d’atteindre ceux qui sont restés derrière. Brillant !

Note
* Platon, République, livre 7, 514a-519d (voir Annexes). Platon reprend la métaphore de l’ascension ailleurs également. Dans le Banquet, il indique, par l’entremise du personnage de Diotime, comment on peut s’élever jusqu’à l’idée du beau (Banquet, 210d-212a). Et dans le Phèdre, il tente de penser le privilège réservé à l’âme du philosophe après la mort, à savoir son ascension vers une région supracéleste où il pourra enfin contempler l’être véritable (Phèdre, 246d-248c).

Annexes
Platon, « L’allégorie de la caverne », trad. G. Leroux, 1993 (formats pdf et docx).
J.-P. Ferland, « Un peu plus haut », interprétation par Ginette Reno et Céline Dion, 2008 (formats vidéo et audio) et paroles (formats pdf et docx).

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